Créer un pôle public du médicament – L’Obs 5 avril 2020

Adrien Quatennens : « Créer un pôle public du médicament »

Propos recueillis par Renaud Février

Peut-on continuer à dépendre de la Chine ou de l’Inde pour notre approvisionnement en médicaments ?

80 % de leurs principes actifs sont produits en dehors de l’Union européenne… Il y a trente ans, 80 % des médicaments étaient produits en Europe. C’est 20 % aujourd’hui. La France, grosse consommatrice de médicaments, doit retrouver son indépendance dans ce secteur stratégique. Il ne s’agit pas de chauvinisme. Il s’agit d’être en capacité de faire face à des crises comme celle que nous connaissons actuellement. Nous combattons un virus et ses conséquences sur un système fragilisé par des années de politiques libérales.Voyez l’exemple des masques : le choix de ne pas renouveler les stocks reposait sur l’idée que les usines chinoises avaient un niveau de réactivité à toute épreuve. Sauf que l’épidémie est partie de la Chine qui, pour l’enrayer, a mis une partie de sa production à l’arrêt…

Que faudrait-il faire pour inverser la tendance ?

Il faut remettre à plat l’ensemble du système pharmaceutique français. La France insoumise défend depuis longtemps l’idée d’un pôle public du médicament avec une partie dédiée à la recherche et une autre à la fabrication des médicaments essentiels.Nous pourrions nous appuyer sur les pharmacies centrales des hôpitaux et des armées. Il s’agira aussi de réorganiser le contrôle des agences de l’État.Le médicament n’a pas vocation à enrichir l’industrie pharmaceutique. Les cinq premières entreprises du secteur affichent 50 milliards d’euros de bénéfices. Nous voulons un médicament au service de l’intérêt général. Plus que jamais nous avons besoin d’une planification sanitaire. La santé n’a pas de prix.

Aurez-vous les soutiens politiques nécessaires ?

La crise du coronavirus remet en cause toutes les certitudes de nos adversaires politiques. Ceux qui souhaitent toujours moins d’État sont les premiers à l’appeler au secours en cas de crise,qu’elle soit financière ou sanitaire. Jugez-en: en quelques jours, fini les absurdes règles budgétaires européennes, fini le tabou de la nationalisation de certaines entreprises et je pourrais continuer la liste. Aujourd’hui, nous faisons face à une épidémie que personne n’avait prévue.Et demain, nous aurons à affronter les catastrophes naturelles liées au changement climatique,annoncées et prévisibles. La crise actuelle montre que nous ne sommes pas prêts. Il est inconcevable de continuer comme avant. Nous devons assurer notre salut commun et construire le monde d’après,basé sur l’entraide et la solidarité.

Faudrait-il en passer par des nationalisations ?

Ce n’est pas un objectif en soi, mais, oui, à chaque fois que cela sera nécessaire. Pour certains médicaments… comme pour d’autres secteurs stratégiques.

Cet article est paru dans L’Obs (site web)

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