Jean-Luc Mélenchon sera un président solide – Interview dans Le Figaro

Cette interview a été publiée dans Le Figaro le vendredi 27 août 2021 – Propos recueillis par Pierre Lepelletier

  • Jean-Luc Mélenchon se présente pour la troisième fois à l’élection présidentielle. En 2022, comment peut-il convaincre les Français ?

Face aux défis de l’époque, cette élection est un moment de vérité pour le pays. Nous voulons bâtir une majorité d’adhésion sur un programme. Nous avons commandé une enquête sur les mesures les plus structurantes du programme L’avenir en commun . On constate qu’une large majorité de Français y est très favorable.

Par exemple, 76% des Français sont pour l’augmentation du SMIC à 1400 euros net par mois. 68% sont pour que celles et ceux qui gagnent moins de 4 000 euros nets par mois payent moins d’impôts. 74% sont favorables à un objectif de 100% d’énergies renouvelables. 63% sont favorables à la convocation d’une Assemblée constituante chargée de rédiger une nouvelle Constitution pour la France.

Et ainsi de suite. Pendant son mandat à l’Assemblée nationale, notre équipe s’est préparée à l’exercice du pouvoir. Nous sommes prêts à gouverner. Nous savons comment appliquer le programme jusqu’au bout. Quant à notre candidat, il est de tous le plus expérimenté dans les domaines clés. Il est écouté par la France populaire qu’il sait mobiliser au service des grandes causes nationales. Sa force, c’est d’être le plus constant dans ses engagements. Les difficultés ne le font jamais céder ni renier ses principes. Ce sera un président solide.

  • L’éparpillement des candidatures de gauche ne risque-t-il pas de diviser les électeurs?

Vous comptez vraiment poser cette question jusqu’au jour de l’élection? Elle est passée de saison! Depuis le début, nous savons que chacun aura un candidat. Mesurez-vous quelle mystification ont été les réunions spectacles d’avant l’été, organisées par Yannick Jadot et Olivier Faure jurant qu’ils auraient un candidat commun?

À présent ils se déchirent ! Le défi n’est pas l’union des carpes et des lapins étiquetés à gauche, c’est l’abîme de l’abstention qui touche d’abord les jeunes, les ouvriers, les employés. L’essentiel de ceux-là se moque éperdument du sort de «la gauche». Ce qu’ils veulent, c’est un programme de rupture avec la vie dévastée qui leur est infligée.

L’équation est assez simple : plus il y a de participation à l’élection, plus nous progressons et tous les autres baissent. Soit le peuple est au rendez-vous et nous l’emporterons. Soit il ne vient pas, et tout continuera. De toute façon quelle équipe est prête à engager le bras de fer avec les directives de la Commission européenne qui décide de tout aujourd’hui ? Qui en est capable ? Qui mieux que Jean-Luc Mélenchon est capable d’insoumission ?

  • Certains, et notamment à gauche, dénoncent régulièrement les «dérives» de Jean-Luc Mélenchon. Que leur répondez-vous ?

Une accusation aussi vague que vaine depuis quatre ans ! Mais nos adversaires ont compris que la constance de Jean-Luc Mélenchon à l’échelle d’une vie entière est au contraire son point fort! Ils font une diversion, pour ne pas parler programme. Peut-être est-ce aussi un moyen de masquer leur incompétence sur le fond. De quoi parle-t-on?

Moi, je considère que se rendre à une manifestation aux revendications factieuses et oublier les principes fondamentaux sous couvert d’hommage aux policiers en deuil, c’est une grave dérive. Quand Anne Hidalgo choisit de soutenir le milliardaire Bernard Arnault plutôt que l’association ATTAC dans son action symbolique contre l’évasion fiscale, c’est une grave dérive.

De même quand elle choisit de s’aligner sur Bernard-Henri Lévy à propos de l’Afghanistan. Que chacun défende son programme et bienvenue à toutes celles et ceux qui, d’où qu’ils viennent, voudront prendre leur part de tâches à accomplir. Avant l’été, un conseil nous a été donné : « ne vous occupez plus des concurrents, tracez votre chemin ! ». Message reçu.

  • Les Insoumis se revendiquent écologistes. Quelles sont vos différences avec EELV?

La première est évidente : nous n’avons jamais gouverné contre nos principes. Pendant que Jean-Luc Mélenchon parlait déjà de la dette écologique, de la règle verte et de la nécessité de planifier, les Verts, eux, étaient au gouvernement dans le quinquennat précédent. Les Français ont donné. Je ne crois pas qu’ils veuillent de nouveau d’un gouvernement à la François Hollande, même reverdi. Bien sûr, nous avons des convergences.

Mais aussi de sérieuses divergences. Par exemple, les Verts sont pour le maintien de la retraite à 62 ans. Nous voulons le retour de la retraite à 60 ans. Dans cette rentrée, je regrette leur mutisme à propos du passe sanitaire. Mais le plus important reste la question européenne. On ne peut pas faire face au changement climatique dans le cadre des actuels traités. Pourtant, il faut planifier sans entrave la bifurcation écologique de notre économie et préparer le pays à affronter la part irréversible des catastrophes annoncées.

Notre plan est public depuis plusieurs mois. Le dernier rapport du GIEC le confirme : le changement nécessaire doit être radical et rapide. L’oligarchie ne changera pas de bon cœur. Il faut donc assumer le rapport de force. Osons le dire : l’écologie doit être populaire et non pas réservée à ceux qui roulent à bicyclette dans les centres-villes favorisés.

  • Chez les Verts, des candidats se rapprochent de vos idées. Des convergences sont-elles possibles ?

Évidemment et même souhaitables. Le moins que l’on puisse dire, c’est que Jean-Luc Mélenchon est une source d’inspiration ! Notre proximité avec Sandrine Rousseau et Éric Piolle est connue. Tous deux auront la parole à nos AMFiS d’été. Mais pour le moment, les Verts sont engagés dans une primaire interne qui compte moins de 20 000 participants. La candidature de Jean-Luc Mélenchon est déjà parrainée par 250 000 citoyens. Patience.

  • La rentrée est aussi marquée par la fuite de milliers d’Afghans menacés par les talibans. Quelle doit être l’attitude de la France ?

La France a signé des conventions internationales. Il s’agit de les respecter. Moins de bavardages, plus de lucidité. La priorité est au rapatriement de tous les auxiliaires des administrations françaises, des personnes sur place et leur famille. Dans pareilles circonstances, plutôt que de parler de «flux irréguliers» dont il conviendrait de se «protéger», il faut prévoir et organiser.

Ensuite, l’élection présidentielle de 2022 doit être l’occasion d’un vrai débat sur la place de la France à l’international et nos alliances. Le désastre en cours après l’intervention américaine était prévisible. Le lâchage américain est une alerte pour ceux qui leur font confiance.

L’objectif de la France doit être la paix en toutes circonstances. Nous n’avons plus rien à faire dans l’OTAN.

  • Sur le plan sanitaire, les tests PCR ne seront plus gratuits à partir de mi-octobre. Qu’en pensez-vous ?

C’est une grave erreur. Elle pourrait nous coûter cher sur le plan sanitaire. Le passe sanitaire procure une illusion d’immunité et un prétexte au gouvernement pour ne rien faire d’autre. Il doit être abrogé. Le vaccin fait partie de la solution mais il n’est pas la solution à lui seul. On sait qu’il est efficace contre les formes graves du Covid et qu’il diminue la contagion. Mais il ne l’annule pas.

Par conséquent, il sera nécessaire de continuer à tester massivement. De la même manière, dans quelques jours c’est la rentrée. Le Conseil scientifique s’est récemment prononcé en faveur des purificateurs d’air. Avec Jean-Luc Mélenchon, nous les réclamons depuis novembre dernier. À New York par exemple, chaque salle de classe sera équipée de deux purificateurs d’air. En France, on devra se contenter d’ouvrir les fenêtres en plein hiver.

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