“En Marche !” piétine l’ordre social. Le combat continue !

meurtre

La Commission des Affaires Sociales de l’Assemblée Nationale vient d’adopter le “Projet de Loi d’habilitation à prendre par ordonnances les mesures pour le renforcement du dialogue social”. Le combat continue dans l’hémicycle et dans la rue !

Voici la retranscription de plusieurs de mes interventions mon en Commission.

Mon intervention pendant l’audition des représentants syndicaux sur le projet de loi des ordonnances ce matin en Commission des Affaires Sociales à l’Assemblée Nationale :

“Merci Madame La Présidente,

Merci mesdames et messieurs les représentants des organisations syndicales,

Je vous remercie toutes et tous pour vos exposés éclairants. Hier soir, Madame Penicaud, ministre du travail a qualifié de « hors sol » les propos tenus par les orateurs du groupe France Insoumise.
Je me félicite de constater ce matin que l’écrasante majorité de vos démonstrations nous conforte sur notre positionnement, sauf à penser que les représentants syndicaux que vous êtes, au plus près des salariés dans l’entreprise, soient aussi « hors sol », ce que, je l’espère, personne ici ne peut raisonnablement croire.
Avec les 18 millions de salariés directement concernés par ce projet de loi, vous êtes les plus légitimes pour en parler et pour aider à la nécessaire conscientisation de masse dans le pays sur ce que ce gouvernement prépare derrière une pluie de fausses bonnes intentions.

La presse rapportait la semaine dernière les propos de la ministre selon lesquels l’actuel Code du travail « est fait pour embêter 95% des entreprises ».
Je demande aux responsables syndicaux que vous êtes de nous dire ce que vous inspire ces propos dans la bouche de la ministre qui défend le projet de loi qui nous occupe qui, en l’état permettra tout au gouvernement en matière de destruction du Code du Travail.

Hier soir, pendant l’audition de la ministre, l’un des orateurs du groupe LR trouvait le Code du Travail trop épais.
Depuis quand juge-t-on l’efficience d’un document à son épaisseur ?
Trouvez-vous aussi que l’annuaire est trop épais ? Si tel est le cas je vous laisse le soin de nous indiquer les pages que vous voudriez arracher !

Dans le respect du vocabulaire du dictionnaire macroniste de rigueur, la ministre du travail ne cesse de nous vanter les mérites d’une consultation et d’un dialogue inégalé avec vous, dans les meilleures conditions.
Si l’on croit ces paroles, vous bénéficieriez donc d’un meilleur régime que les parlementaires ici présents en matière de consultation. Ne croyant pas à la bonne foi des membres de ce gouvernement, je me permets d’émettre un doute.
Pouvez-vous nous éclairer sur le cadre de la concertation avec le gouvernement ?

Enfin, et c’est selon moi la question la plus importante, comment comptez-vous contribuer à éclairer les salariés sur l’ampleur inégalé et les dangers de ce projet de loi ?”

 

Après les représentants des organisation syndicales, nous avons procédé à l’audition des représentants des organisations patronales. Voici mon intervention en Commission des Affaires Sociales à l’Assemblée Nationale.

“Merci Madame La Présidente,

Merci messieurs les représentants des organisations patronales,

Je pense que l’enchainement des interventions précédentes de la part des représentants des organisations syndicales et des vôtres aura permis de faire la démonstration auprès des collègues députés qui en doutaient encore que oui, l’entreprise est un lieu où, parmi tant d’autres choses (je ne voudrais pas que l’on caricature mon propos), s’exprime le rapport de force entre des acteurs qui ont des intérêts divergents. Le dire, ce n’est pas être sectaire ou dogmatique. C’est assumer dans le calme une réalité de faits qu’il est préférable de connaitre pour mieux les analyser.

Monsieur Saubot, vous nous préciser ce matin que vous ne connaissez pas un chef d’entreprise qui se pose la question de « comment licencier ». Or, le projet de loi qui nous occupe contribue sur plusieurs points à répondre à cette question. C’est donc que ce projet de loi répond à des questions que personne ne se pose. Reconnaissez que c’est original ! Dès lors, pourquoi cet empressement à le faire passer dans les conditions déplorables qui ont été décrites ici à de maintes reprises par des collègues de tout bord ?

Pour ma part, je ne connais pas un chef d’entreprise qui trouve que le Code du Travail soit un problème. Cette idée est souvent défendue par la petite fraction minoritaire du patronat que représente le MEDEF.

Ce dont nous parlent les chefs d’entreprise, en particulier ceux des PME et TPE, ce sont les carnets de commande qui se vident et la faible activité économique. Pas du Code du Travail.

Ce projet de loi est défendu au motif qu’il permettrait de lutter contre le chômage et alors même que la démonstration est désormais faite que les recettes de flexibilisation et de diminution des droits des salariés ne créent pas d’emploi.

Notre pays est malade à mort de l’hyperfinanciarisation de l’économie et de la dictature du court terme qui en découle et qui, par la prédation qu’elle opère sur la production, jugule toute capacité à relancer et soutenir l’activité.

Nous sommes, pour notre part, convaincu que le pays a besoin d’une relance de l’activité de manière socialement utile et écologiquement soutenable, non seulement pour répondre aux grands défis auxquels l’humanité toute entière doit faire face (par exemple, par la planification écologique), mais aussi pour lutter contre le fléau du chômage que les politiques libérales menées depuis plus de 15 ans aggravent. Nous pensons aussi qu’il est urgent et nécessaire d’instaurer un protectionnisme solidaire visant à empêcher les dérives du grand déménagement du monde et ses conséquences sociales et écologiques.

Ma question est à l’attention particulière de Monsieur Saubot. Les 40 milliards du CICE avait été l’occasion pour Pierre Gattaz de porter un pin’s « 1 million d’emplois ». Avec ce projet de loi, à quoi ressemblera le pin’s que vous allez porter ?”

Voici mon intervention en Commission pour expliquer mon vote contre ce Projet de Loi :

Ainsi donc, nous arrivons au bout du travail d’amendements de notre Commission des Affaires Sociales sur ce « projet de loi d’habilitation à prendre par ordonnances les mesures pour renforcer le dialogue social ».
De belles intentions dans ce titre mais un contenu en contradiction parfaite avec celui-ci, qui nie les rapports de force qui existent dans l’entreprise, même si l’entreprise ne se résume pas à ces derniers, j’en conviens.
C’est regrettable que le premier acte politique posé par cette commission soit celui-là.
Aucun de nos amendements n’aura eu grâce à vos yeux. Votre inflexibilité est totale. La flexibilité ne doit, de votre point de vue, pouvoir s’appliquer qu’aux seuls salariés.

Beaucoup ici n’ont pas l’air de s’en rendre compte, si j’en crois la réactivité dont ils ont fait preuve pendant nos débats, mais ce qui se joue là est absolument historique.
Rendez vous compte qu’en moins d’une semaine et dans un cadre contesté par nombre d’entre nous, vous assumez de bouleverser tout l’ordre juridique et social de ce pays en permettant au gouvernement de légiférer par ordonnances sur à peu près tout, sans les formes d’un débat parlementaire qui aurait pourtant été nécessaire.
Vous êtes « En Marche » et n’avez de cesse de le répéter.
Pour nous, il est plus important de déterminer une direction, une trajectoire.

Je redis ici, qu’à part le MEDEF et les représentants de quelques intérêts particuliers que défend le gouvernement, personne n’attend ce projet de loi qui, de notre point de vue, est contraire à l’intérêt général qui, seul, doit être la boussole de notre action politique.

L’habilité de Monsieur Macron et de votre majorité consiste à blinder la vitrine d’artifices et de postures communicantes pour faire passer des lois d’une dureté absolue.
Mieux vaut une droite qui s’assume que vos trompes-l’oeil pour appliquer en définitive les mêmes politiques !

Emmanuel Macron, c’est le renouveau sans changement :

Les personnages ont changé, les costumes aussi, mais le scénario demeure : il s’agit de poursuivre les politiques de droite libérale appliquées depuis plus de 15 ans, quelle que soit l’étiquette politique de ceux qui les défendent et alors même que ces politiques ont fait la démonstration de leur inefficacité.

Il est urgent de relancer l’activité de ce pays sur d’autres bases que la politique de l’offre à laquelle vous souscrivez.

Il y a dans ce pays, une urgence démocratique (nous l’avons vu encore avec l’abstention criante lors de ces élections législatives).

Il y a une urgence sociale quand La France compte 9 millions de pauvres alors que dans le même temps les richesses s’accumulent entre quelques mains.

Il y a une urgence écologique qui permettrait si l’on s’en saisissait réellement de créer de très nombreux emplois.

Mais il n’y a aucune raison valable de faire ce que vous faites et encore moins de le faire d’une manière telle que les françaises et les français ne puissent pas se saisir des enjeux dans de bonnes conditions.

L’Histoire retiendra que votre Marche est un piétinement de siècles de lutte. Le pire est qu’il n’est pas certain que vous en soyez bien conscients.

Qu’à cela ne tienne, pour nous qui sommes l’alternative à ce que vous incarnez, le combat continue. Il ne fait d’ailleurs que commencer.

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10 Thoughts to ““En Marche !” piétine l’ordre social. Le combat continue !”

  1. DELFAU

    Juste magnifique ! Merci de nous défendre aussi bien 👍😊👊

  2. JLuc

    Bravo, bravo et encore bravo pour votre constance, votre détermination et votre sourire.
    Pourriez-vous publier les 132 amendements proposés et donc rejetés que les gens puissent se rendre compte des points contestés et du travail effectué.
    Peut-être même que le discord se ferait un plaisir d’en sortir quelques un en affichettes dont il a le secret.

  3. Nowicki

    Nous vivons des jours sombres. ..Merci à jlm de ne pas laisser tout ceci se faire dans un silence absolu ……

  4. Margenstern

    Bravo, Monsieur Quatennens! Vos interventions sont bien claires. Votre remarque sur l’inflexibilité des députés En Marche qui exigent la flexibilité pour les travailleurs résume bien la “philosophie” du macronisme. La démocratie au sens macronien c’est donc “Silence dans les rangs” pour En Marche et “Fermez-la, le peuple a parlé” pour ceux qui ne sont pas d’accord avec eux sur le fond.

  5. Andria Chalaris

    je viens de découvrir votre existence et vos interventions .
    j’aurai voulu applaudir car votre constat est lucide et il est très bien qu’un député ose déclarer : “L’habilité de Monsieur Macron et de votre majorité consiste à blinder la vitrine d’artifices et de postures communicantes pour faire passer des lois d’une dureté absolue ”
    pourtant je pense que l’opportunité que vous avez de monter à la tribune de l’assemblée nationale devrait vous permettre de dénoncer les responsables , de gauche et de droite, qui depuis plusieurs années alternent à l’Elysée et à Matignon (… et dans les ministères) pour être les marionnettes de la politique voulue par un groupe – la French American Foundation – qui n’a qu’une obsession la domination du Monde par les usa , avec le plus grand dédain pour les principes de la constitution .
    les citoyens doivent savoir pour pouvoir exercer leurs droits démocratiques .

  6. B r a v o !
    Sur le fond et sur la forme, respect et admiration pour ce que vous faites !
    R. Zaharia, Ingénieur en retraite, adhérent Attac 92.

  7. B r a v o !
    Sur le fond et sur la forme, respect et admiration pour ce que vous faites !
    R. Zaharia, Ingénieur en retraite, adhérent Attac 92.

  8. Lauriane

    Bonjour Monsieur,
    Votre intervention est pleine de bon sens. C’est une analyse riche et profonde. Vous alliez charisme et réflexion. J’ai beau tourner la tête dans tous les sens, je n’entrevois pas votre égal dans l’autre camp. Avenir prometteur.
    Lauriane de Paris.

  9. Emeline Verney

    Bonjour M. Quatennens, merci pour vos interventions qui permettent d’espérer pour la suite, même si votre combativité et l’argumentation de vos discours paraissent dérisoires face à la machine LREM, rouleau compresseur de décennies de luttes sociales.
    Peut être le connaissez vous déjà, mais je suis tombée sur un argumentaire intéressant défendu par Madame Martine Billard en 2012 (non défendu plus exactement):http://questions.assemblee-nationale.fr/q13/13-106971QE.htm, argumentant que la régression sociale est prohibée en droit sur la base de textes du droit international ds Nations Unies.
    Est-ce une réalité ? Pourriez-vous vous en servir à la rentrée pour invalider les ordonnances qui seront établies ? Via une pétition par exemple, puisque la constitution vous donne cette possibilité ?

    Bon courage pour la suite,
    Cordialement, combativement même si quelque peu dépitée!
    Emeline Verney.

  10. Merci pour vos interventions à l’Assemblée Nationale. Recevez mon soutien, celui d’un retraité de 79 ans qui partage votre combat, celui du peuple que la finance et ses sbires (En Marche donc Macron, Philippe, etc.) veulent ramener à une situation moyenâgeuse. Même à mon âge on peut encore faire quelque chose. Ainsi j’ai publié sur mon blog de Médiapart une “Lettre ouverte à Monsieur le Premier Ministre”. Je vous la joins ci-dessous.
    Cordialement :
    Lettre ouverte à Monsieur le Premier Ministre
    Monsieur le premier Ministre,
    Votre vision a des limites. Lors de la séance du 4 juillet 2017 de l’Assemblée Nationale, dans votre déclaration de politique générale du Gouvernement vous avez vu ! Vous avez vu dans cette boule de cristal qu’est le Palais Bourbon, vous avez vu ce que vous voulez seulement voir. Selon vous, seuls les bancs de “En Marche” de cette Assemblée Nationale montrent des êtres exceptionnels : une avocate certes issue du peuple, un éleveur de la Creuse, une jeune femme officier, un jeune originaire du Rwanda et élu, ce qui est noble pour notre Nation. Vous avez vu des sportifs de haut niveau, des entrepreneurs, des scientifiques, même des matheux !
    Je n’invente rien, ce sont vos propres paroles (voir le compte-rendu officiel de la séance), ces paroles qui ouvrent un gouffre dans le paysage de la Nation. Vous n’avez pas vu et vous ne pouvez voir sur ces bancs de l’hémicycle un seul ouvrier ou une seule ouvrière, un(e) chômeur(euse), des licenciés par la finance, ce milieu qui, vous comme le Président de cette République de l’argent, Emmanuel Macron, vous trouble la vue. Vous ne pouvez voir, vous ne voulez voir cette classe, base la plus nombreuse de notre Pays.
    Vous ignorez et méprisez le peuple qui représente la grande partie de ceux qui ne sont pas entrés dans les isoloirs pendant les élections législatives. Ils sont 57,36%. Cette énorme moitié de la population ne croit plus à la possibilité du changement. Vous ne voyez que ce que vous voulez voir dans ce monde où l’obscurantisme de l’argent envahit le peuple. Vous osez affirmer que les français ont « exprimé un espoir formidable en portant Emmanuel Macron à la Présidence de la République ». Vous ne voyez pas l’abstention, vous ne voyez pas les votes contre cette présidence et contre l’arrivée de cette extrême droite écœurante. Vous ne voyez pas que vous représentez bien peu et que vous allez gouverner face à la résistance et la contestation du peuple.
    Et, comme l’imposent E. Macron et vous-même, le recours aux ordonnances pour modifier le Code du Travail est honteux. Cela montre bien, comme le souligne le député L.R. Christian Jacob quand votre majorité siège à l’assemblée avec 350 députés En Marche, une telle méthode, montre un manque de confiance envers eux. Et, si ils et elles approuvent, qu’ils et elles ne s’étonnent pas qu’on les bénisse du qualificatif “godillots”. Ils auront montré qu’ils marchent au pas comme vous-même monsieur le Premier Ministre et… à la cadence imposée par le président.
    Une telle façon de gouverner ne pourra pas durer cinq ans. Et comme l’a dit ce même jour le président du groupe France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon, « car le sol se dérobera bientôt ».
    Enfin vous devriez émettre des précisions (ou j’ai mal lu le compte-rendu de cette séance) sur l’évasion fiscale car le peuple français, dont je suis, ne peut croire un seul instant que la baisse de l’impôt sur la fortune ramènera sur le droit chemin (en Marche arrière !) tous ces tricheurs car les paradis fiscaux ne disparaitront pas demain. Vous êtes l’ancien maire du Havre et personnellement j’habite au bord de la Seine à une cinquantaine de kilomètres de votre ville et, vous comme moi pouvons dresser une liste effroyable du nombre de navires battant un pavillon de complaisance (Panama, Iles Caïman, Malte, Chypre, Iles Marshall, Luxembourg, Hong Kong, Singapour…). Cela ne peut s’effacer du jour au lendemain.
    Par contre vous annoncez une augmentation de la CSG. Moi, retraité de la fonction publique, je pourrai de moins en moins aider mes petits enfants pour leurs études et leur vie de tous les jours. Comme le dit le député Sébastien Jumel au sujet de l’ISF, de la CSG et de la baisse de l’impôt sur les sociétés « … il ne s’agit pas de pleurnicher mais de montrer ce que vous ne voulez rien voir ». Monsieur le premier ministre le montant de ma retraite est figé depuis plusieurs années, je pense vraiment que vous ne voyez rien. Vous ne voulez rien voir.
    Jean Riboulet

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